LES PAS PERDUS
Marco Barbon


64 pages
format : 16,5 x 22 cm
relié, couverture rigide
500 exemplaires
Avril 2014

ISBN: 978-2-918960-72-0



Prix : 20 euros (+ 2 euros de fais de port)










Cela se passe de l’autre côté de la Mer Méditerranée, mais cela pourrait se passer également ici. Nous sommes à Tanger, lieu de tous les départs, ville-frontière entre le Sud et le Nord du monde. Frontière par laquelle transitent aussi bien ceux qui veulent passer de l’autre côté du détroit pour gagner l’Europe que ceux qui reviennent au pays, pour retrouver leurs proches. Les uns comme les autres ne se sentent plus chez eux, ni ici dans leur pays d’origine ni dans les villes ou les banlieues qui les ont recueillis de l’autre côté de la mer. Ici comme là-bas la même sensation d’aliénation, d’émargination, une blessure profonde et inextinguible : la perte d’un pays.
(...)
Je suis sur un terrain vague aux abords de la médina, mon regard surplombe le port. Cette vaste zone franche qui n’appartient plus à la ville, qui est déjà un ailleurs : un ici qui est déjà là-bas. Les lieux, les civilisations se confondent. Aucun indice ne permet de dire que nous sommes en Afrique du Nord. Cette jetée, ces panneaux, ce sol jonché de détritus, ces présences solitaires on pourrait les retrouver aussi bien dans n’importe quel port de l’Europe du Sud : Marseille, Gênes, Patras, Brindisi…Des individus – hommes, femmes, enfants - qui se dirigent vers les quais, vers l’embarcadère, vers les bureaux de la douane. D’autres qui traversent, simplement, se dirigeant vers l’autre versant de la côte, au-delà du môle. D’autres encore qui s’arrêtent dans ce no man’s land baigné par le soleil et balayé par le vent. Quelques rendez-vous inattendus ou secrets. Les ombres s’allongent au fur et à mesure que le soleil se couche paresseusement à l’Ouest du monde. Au dessous, le ciel, immuable terrain de chasse des nuages.
L’œil photographique prend la mesure de ce vagabondage, de cette solitude, de cette lumière éblouissante… (...)
Dans le champ de l’appareil photo, transformé en caméra de surveillance, les humains finissent par perdre leur identité pour devenir des pions sur le vaste échiquier du monde, des présences sans histoire destinées à l’oubli. (...)
C’est le destin des exilés. Le chemin du retour est sans fin.

_Marco Barbon



This takes place on the other side of the Mediterranean Sea, but it could equally happen here. We are in Tangier, a place of departures, a border town between the North and the South of the world. The border serves those who pass through it looking to cross the Strait and reach Europe, as well as those returning home to find their loved ones. Both groups no longer feel at home, neither here in their home country, nor in the cities, towns or suburbs where they reside on the other side of the sea. Both places foster the same feeling of alienation, marginalization, a deep and insatiable wound: the loss of a country.
(...)
I'm standing on a vacant lot near the medina, my gaze looks over the harbour. The free zone no longer belongs to the city, it is already elsewhere: a ‘here’ that is already ‘over there’. Places and cultures merge. There is no evidence to suggest that we are in North Africa. The pier, the panels, the ground littered with detritus, the solitary human presence could be found in any Southern European port: Marseille, Genoa, Patras, Brindisi...
Individuals- men, women and children- go to the docks, to the pier, to the customs offices. Others cross the sea, simply heading in the direction of the other side of the coast, beyond the breakwater. As well as this, some even stop in this no man's land, windswept and bathed by the sun. A constant undercurrent of secrets and unexpected rendezvous. The shadows gradually spread out as the sun lazily sets upon the Western world. Below is the sky, an unchanging hunting ground for clouds.
The photographic eye searches and captures this wandering, this loneliness, this dazzling light...
(...)
The field of cameras and photography has been transformed by surveillance cameras, leading to the eventual loss of human identity. Instead people become pawns on the world’s great chessboard, mere ‘presences’ without history, destined to oblivion.
(...)
As is the fate of exiles, whose way back is never-ending.

_Marco Barbon